Hans-Jőrg Fahr, professeur à l’Université de Bonn (Allemagne), est décédé le 15 Janvier 2026 à l’âge de 86 ans. Il jouit d’une renommée mondiale par ses travaux en physique des plasmas du système solaire et en particulier par ses recherches sur les particules neutres. Une nécrologie vient d’être publiée par l’Institut Argelander de l’Université de Bonn, son laboratoire de recherche où il travaillait jusqu’à quelques jours avant son décès.
Pour l’un des signataires (KLK): Hans-Joerg Fahr était « mon » professeur de physique des plasmas à l’Université. Il m’a fait découvrir et, malgré toutes les difficultés qu’elle posait à mes facultés de compréhension, aimer cette branche de la physique qui a été le fond de mon travail de recherche. Je lui dois beaucoup, et son style personnel reste pour moi un modèle d’élégance.
Pour l’autre signataire (JLB): Hans Fahr a joué un rôle fondamental dans ma vie scientifique. Qu’on en juge.
En 1970, je travaillais sur les résultats d’un spectrophotomètre Lyman-alpha, dont le PI était Jacques Blamont, mon directeur de thèse. Cet instrument placé à bord du satellite OGO-5 était destiné à l’étude de la géocouronne, cette vaste exosphère terrestre d’atomes d’hydrogène, éclairés par le soleil en Lyman-alpha, donc aussi une source de Lyman-alpha.
Il y avait toutefois des indications qu’il y avait aussi une source d’émission UV extra-terrestre, et Blamont avait réussi à convaincre la NASA de profiter de passage à l’apogée de OGO-5 à 150.000 km de la Terre, pour le déstabiliser, et le mettre en rotation pour obtenir une carte du ciel en Lyman-alpha. La source de cette émission extra-terrestre était-elle d’origine galactique, ou dans le système solaire ? Blamont penchait fortement pour une origine galactique.
Donc, en 1970, alors que j’examinais les cartes d’OGO-5, je reçus par la poste un « pre-print » de Peter Blum et Hans Fahr, que je ne connaissais ni l’un ni l’autre. Dans cet article, « seminal », Blum et Fahr montraient que le concept de sphère de Strömgren était faux, quand l’étoile se déplace par rapport au milieu interstellaire environnant. Le rayon d’une sphère de Strömgren autour d’une étoile est celui où le taux d’ionisation par l’UV stellaire est égal au taux de recombinaison de H+ + e⁻ → H .
Blum et Fahr montraient que, le Soleil se déplaçant à 20 km/s par rapport aux étoiles voisines, il devait se déplacer aussi par rapport à l’hydrogène interstellaire à une vitesse similaire. Et dans ce cas, ils calculaient que les atomes H pouvaient s’approcher du soleil jusqu’à environ 2 UA sans être ionisés. Bingo ! j’étais convaincu que c’était cela qu’on observait avec OGO-5, d’autant plus que la région du maximum d’émission se déplaçait sur le ciel d’environ 40° à six mois d’intervalle, par l’effet de la parallaxe sur l’orbite terrestre. On avait découvert le « vent interstellaire », ce flot d’hydrogène interstellaire qui traverse le système solaire. Par ironie, ce vent souffle d’une direction voisine du centre galactique, bien que n’ayant rien à voir avec la structure de la Galaxie, coïncidence fortuite source de confusion.
Par chance, la sonde Voyager 1 s’est éloignée du Soleil dans une direction voisine, ce qui fait qu’elle a pu sortir de l’héliosphère de notre vivant.
Chaque fois que je rencontrais Hans Fahr dans les congrès, c’était avec une franche amitié que nous échangions nos pensées. J’ai une pensée émue à son souvenir.
Jean-Loup Bertaux et Karl-Ludwig Klein, 25 Janvier 2026
